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Y'en a vraiment qui débloguent...

Journal de bord d'un navigateur du web. Commentaires sur l'actualité, la société, la politique, les femmes, le sexe, l'âge, la vie...

Sur la tête de ma mère !

Une amie m'a confié récemment ses doutes à propos de son partenaire. Elle a une grande expérience des hommes, un peu malgré elle, car ce qui la guide avant tout est la quête de l'idéal. Ses exigences semblent gravées dans le marbre et aussi abstraites que celles inscrites dans la Constitution. Il lui paraît plus important de cocher toutes les cases du formulaire qu'elle a en tête à chaque rencontre plutôt que de laisser vivre la relation, avec la surprise éventuelle d'en tirer des bienfaits collatéraux. Nous en débattons régulièrement tous les deux après chaque tentative infructueuse et j'ai ainsi l'impression de me rapprocher un peu plus d'elle… par la pensée. Il arrive même qu'elle anticipe une nouvelle désillusion, ce qui semble lui procurer une grande satisfaction intellectuelle du même ordre, peut-être, que celle des prévisionnistes de l'Insee quand ils prédisent les chiffres du commerce extérieur. 

- À première vue, j’ai trouvé le compagnon idéal. Il est intelligent, attirant, drôle. Il est très amoureux de moi. Tu n’as pas idée du nombre de SMS qu’il m’envoie tous les jours : deux, trois parfois cinq ! Ils sont d’une vraie poésie, je pourrais les publier, c’est certain. 

- Ça commence bien…

- Comme tu me connais ! Évidemment, il y a un hic, tu t'en doutes ! 

J'esquisse un modeste sourire qui me rend encore plus plat qu'une limande.

- Ce qui me rend folle chez lui, c’est sa relation à sa mère. Chaque fois que quelque chose lui arrive, de bien ou de mal, il nous l’annonce à toutes les deux en même temps. 

- Comment ça ?!

- Le plus souvent, il nous envoie le même SMS et soit, je suis en copie, soit c’est elle !

- Il a l'air bien organisé… Évidemment le risque, c'est qu'elle reste en copie de messages qui te concernent plus intimement…

- Dieu merci, ça n'est jamais arrivé… enfin j'espère ! Je trouve ça exaspérant. C'est pourquoi j'envisage de rompre…

- Tu lui en as parlé ?

- Non, évidemment ! S'il n'est pas capable de sentir de lui-même le problème alors ça veut dire que c'est dans sa nature profonde et qu'il n'y a rien à espérer… C’est comme s’il ne s’était pas encore séparé de sa mère, comme s’il était encore profondément dans son Œdipe. À 50 ans, un homme devrait être capable d’une maturité émotionnelle suffisante pour ne pas impliquer sa mère dans le moindre geste du quotidien. Ce que cela dit de lui et de sa maturité émotionnelle, lui a fait perdre toute séduction à mes yeux !

À cet instant, je ne sais pourquoi, l'image d'Edmund Kemper, le célèbre tueur en série américain, s'impose à mon esprit. L'enfance de ce malheureux ne baigna pas dans l'amour, c'est le moins qu'on puisse dire. Sa mère frappait ses conjoints et divorça trois fois. La plus grande de ses sœurs, Susan, le frappait, lui, et le forçait à jouer "à la chaise électrique" où il devait mimer son agonie. Leur maison du Montana n'étant pas assez grande et sa mère trouvant inconvenant qu'un garçon partage la seule chambre avec ses sœurs, l'envoyait dormir à la cave sur un grabat. Finalement, elle s'en débarrassa en le confiant à ses grands-parents. Les femmes de cette famille avaient apparemment un amour modéré des hommes. Sa grand-mère prit donc la relève et se fit un plaisir de le maltraiter à son tour. C'est alors que le grand-père eut l'idée, fortuite ou non, de lui offrir un fusil et de lui apprendre à s'en servir. Sa grand-mère fut la première de la série de ses dix victimes. Elle fut suivie le même jour par le grand-père qu'il aimait mais à qui il voulut épargner la douleur d'avoir perdu sa femme. Il avait alors quinze ans. Diagnostiqué schizophrène paranoïde, il fut interné. À l'hôpital il se familiarisa avec le vocabulaire psychiatrique et les tests de personnalité puisqu'on eut la bonne idée de l'employer dans le bureau qui les mettait au point. Cette compétence lui permit de passer brillamment son examen de sortie et d'être déclaré sain d'esprit. On le renvoya donc chez sa mère qui l'accueillit aussi mal qu'avant l'avoir abandonné, lui infligeant les mêmes brimades, les mêmes humiliations… Il en conçut une grande colère et se mit à tuer les auto-stoppeuses qu'il trouvait au hasard de ses errances criminelles. Je ne m'attarde pas trop sur le fait qu'il décapitait ses victimes, les démembrait et se masturbait sur les bouts de cadavre qu'il ramenait chez lui. Heureusement, son parcours criminel s'arrêta quand il eut assassiné sa mère. Vous connaissez déjà un peu ses pratiques nécrophiles et sa mère en fit aussi les frais à titre posthume. Il y ajouta quelques raffinements qu'elle n'aurait sûrement pas appréciés de son vivant. Après lui avoir tranché le cou, il posa la tête sur la cheminée et joua avec aux fléchettes. L'état de dépendance dans lequel elle se trouvait soudain dut le déstabiliser car il s'autorisa aussi une petite fellation.

Vous vous doutez que je ne raconte pas tout ça par simple curiosité morbide mais pour mieux faire ressortir l'amour qu'un fils ressent pour sa mère, même dans son expression la plus extrême. Car lors de son audition par les enquêteurs et lorsque fut abordé le terrible épisode du matricide, il s'effondra en larmes lui qui n'avait jusque-là jamais pleuré. Cela prouve assurément que même le plus atroce des meurtriers garde en lui cette affection filiale qu'on trouve chez le plus doux des enfants. 

Je me suis bien gardé de faire part de ces réflexions à mon amie qui aurait peut-être interprété la question que je brûlais de lui poser comme une incongruité : "Et que voulais-tu qu'il fasse pour mieux te prouver son amour ? Qu'il tue sa mère ?"

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