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Y'en a vraiment qui débloguent...

Journal de bord d'un navigateur du web. Commentaires sur l'actualité, la société, la politique, les femmes, le sexe, l'âge, la vie...

Verhoeven aime les blondes

Je me demande si Verhoeven ne préfère pas les blondes… je parle des actrices. À son niveau, on peut préférer, voire exiger. Moi, quand je peux choisir mes films, je suis déjà content… Aime-t-il les blondes en général ou pense-t-il que les blondes font de meilleures actrices ?... Les réalisateurs ont forcément des théories là-dessus. Ils ont fait des études, ils doivent défendre leurs choix auprès des financeurs et jouer au con avec les critiques qui veulent briller à leurs dépens. Virginie Efira a peut-être la réponse. Elle est la vedette de son dernier film, Benedetta, une sorte de remake de La Religieuse de Diderot… je simplifie car je ne l'ai pas vu… je suis athée ce qui m'oblige envers moi-même puisque j'ai cessé tout partenariat avec Dieu…

Les blondes ont mauvaise réputation. À mon avis, c'est parce qu'on les envie. Pourquoi y aurait-il des fausses blondes, sinon ? Certains, maniant le mépris comme une pince à téton, les voient comme de vulgaires copies… je m'en contenterais d'autant qu'elles doivent être beaucoup plus abordables… Et puis ne sont-elles pas le plus vivant exemple d'une revanche sur la nature ? Ma théorie est simple : parle-t-on des fausses brunes ? En existe-t-il, même ?… j'exclus les vraies brunes qui sentent que l'hiver approche et qui en ont marre de s'arracher les cheveux... Virginie sait qu'on l'attend au tournant. Ou plutôt, elle fait comme si elle s'attendait à ce qu'on l'attende au tournant. Pourtant, elle trace sa route... que dis-je, son boulevard… bien dégagé, sans chausse-trappe. Elle est comme ça, Virginie. 

Elle a été une adolescente blonde et ronde. "Je ressemblais, à 16 ans, à une gogo danseuse avec chaîne en or à la cheville. Je ne m'excuse pas de celle que j'étais. C'était bien moi. Je mangeais à tous les râteliers. Je surlignais ma féminité tout en la cassant par un comportement de garçon." Elle dévorait les mangas, fumait, buvait, jurait, draguait, jouait au poker. "La vulgarité chez une femme arrive à me toucher. Elle peut être un désir désespéré de plaire, trahissant un manque d'assurance." J'ai cru un instant qu'elle parlait d'elle… mais comment pourrait-elle s'enlaidir même pour les besoins d'un rôle ? "Je me méfie néanmoins de la chirurgie esthétique, car alors l'étonnement n'est plus étonné. Les actrices américaines font appel aux plus grands chirurgiens, mais ne s'arrêtent pas avant le stade du mérou. On finit par s'habituer. Cela devient une autre réalité." Et en plus, si elle refuse la chirurgie esthétique, alors c'est mission impossible ! Le mérou ne fait apparemment pas partie des recettes belges, ce qui ne veut pas dire que l'imitation de ses lèvres obscènes n'exerce un charme puissant sur certains hommes. Michel Houellebecq, dans Configuration du dernier rivage semble évoquer un tel sortilège : “Fardée comme un poisson naïf / Dans l'aquarium de nos souffrances / Vous marchiez, et j'étais captif / De vos lointaines apparences.”

Car elle est aussi belge, pas par conviction… par filiation. Une fatalité qui lui est tombée dessus alors qu'elle était enfant. Sur ce plan-là, la Belgique n'a pas cherché l'originalité… elle a tellement d'autres occasions de le faire. Je ne devrais pas insister sur cette particularité, ça renvoie à des clichés d'une autre époque quand on arrivait encore à se rassurer sur le dos de nos chers voisins… mais Virginie y tient. Elle dit : "Quand on est blonde et belge, et qu'on a présenté un hit-parade, on ne vous envisage pas comme Isabelle Huppert." C'est beau comme du Verhoeven... Des dissymétries existent entre nos deux pays, c'est certain. Vous êtes vous demandé, par exemple, s'il y avait des acteurs français en Belgique ?... je ne parle pas de ceux qui travaillent en France et qui vivent là-bas. Je parle de ceux qui enlèvent les répliques de la bouche des acteurs belges. Nos riches se réfugient de l'autre côté de la frontière mais la crème belge du show-biz vient émarger en France. On pourrait se dire que les Belges n'ont pas les mêmes valeurs. Sans doute… mais où paient-ils leurs impôts, à votre avis ? Dans l'affaire, les plus cons ne sont pas ceux qu'on croit… et nous, nous sommes deux fois perdants. 

Virginie Efira échappe à ce genre de considérations. Elle ne calcule pas. C’est en regardant Mary Poppins qu’elle a décidé d’être actrice. Elle a commencé par faire des spectacles le week-end à la maison avec pour seul public, ses parents. Elle ne les faisait pas payer car elle estimait qu'en lui offrant le gîte et le couvert, ils apportaient leur pierre à l'édifice de sa future carrière. Virginie est comme ça.

Après son bac, elle s’inscrivit à l’Institut national supérieur des arts du spectacle, mais peu assidue se fit virer. Les responsables s'en mordent encore les doigts. Imaginez le buzz que ça aurait fait si elle était apparue soudain au bal des anciens ! Mieux que la cérémonie des Césars ! Sauf que cette comparaison n'évoque rien pour les Belges…. Ils préfèrent le Magritte ce qui, entre parenthèses, montre un autre niveau d'exigence... Virginie est oecuménique : elle s'est adjugé le Magritte ET le César. Le beurre et l'argent du beurre, en somme. Et je ne parle même pas de son second mari, Mabrouk El Mechri. 

Virginie a beaucoup appris au cours de sa pré-carrière : le latin, les mathématiques, les sciences sociales, la philosophie… La philosophie, par exemple, l'a beaucoup aidée dans la conduite de sa vie. Elle s'est inspirée de Sartre et de Beauvoir pour faire appartement à part avec son second mari. Ce qui, d'ailleurs, m'a beaucoup aidé, moi aussi, à m'imaginer comment je ne vivais pas avec elle… Attention, ne vous méprenez pas… je ne suis pas celui qui l'a harcelée pendant huit ans… un vrai malade ! Il l'attendait en bas de chez elle, lui écrivait des lettres, l'inscrivait à des associations et même à des assurances obsèques (sic !)… Elle doit en avoir des admirateurs, Virginie ! Ils pourraient entonner un chœur, la passion suscite les talents... "Virginie c'est ma madeleine, c'est ma Belgique à moi, même si elle est trop bien pour moi. Elle est tellement jolie, elle est tellement tout ça, elle est toute ma vie…" Mais qu'ils se contentent de sublimer leur ardeur et peut-être trouveront-ils alors un juste réconfort sur le plan de l'art... Dans un premier temps, Virginie ne l'a pas signalé à la police. Mais en découvrant des tracts où il dévoilait son adresse, elle a fini par demander une protection. Confrontée à l'individu, elle ne s'est pas démontée : "Il n'y a pas quelqu’un d'autre que tu aimes bien ? Flavie Flament, tu ne l'aimes pas, Flavie Flament ?" Elle est comme ça, Virginie. Même dans les pires moments, elle trouve le moyen de faire de l'humour. J'espère que, de son côté, Flavie Flament l'a retrouvé, l'humour, depuis qu'elle a révélé dans son livre, La Consolation, qu'elle avait été violée à treize ans par le photographe David Hamilton. On l'appelait le photographe des jeunes filles en fleurs, pas parce qu'il les déflorait mais parce que le flou dont il nappait ses clichés et les poses alanguies qu'il faisait prendre à ses modèles pouvaient rappeler la volupté chlorotique dans laquelle baigne l'univers de Proust. "C'était une personnalité attachante, respectueuse de tout le monde. Il avait une grande sensibilité artistique et humaine. Il traitait les gens de manière égale" confie un des proches du photographe. Faut-il comprendre qu'il les a toutes violées ? Les jeunes filles qu'il photographiait étaient blondes, longilignes posant dans des fauteuils en rotin, à la campagne, ou sur la plage, ce qui ne laissait aucun doute sur ses intentions. Car David Hamilton s'inscrivait dans un courant pédo-artistique où l'on trouve des personnalités telles que le peintre Balthus ou Vladimir Nabokov qui, en 1955, avait défrayé la chronique avec le roman Lolita, racontant l'histoire d'un homme qui vit une relation amoureuse avec une fille de douze ans. On pourrait ajouter Lewis Carroll qui les aimait encore plus jeunes et les photographiait tout aussi dévêtues. Tous le faisaient avec l'autorisation des parents apparemment fiers d'apporter leur contribution à l'art. "Il a fait entrer la photographie dans pas mal de foyers", estime un proche du photographe. Et en effet, les calendriers et les cartes postales tirés de son œuvre ont été vendus à des milliers d'exemplaires. À un journaliste du Parisien qui lui disait qu'au collège "une bonne partie des élèves avait un de ces calendriers dans sa chambre", il rétorqua : "Moi j'ai eu les filles et vous vous avez eu le calendrier." Après l'humour belge, l'humour anglais… 

Toujours est-il qu'en essayant de détourner l'ardeur de son admirateur sur Flavie Flament, Virginie n'a certainement pas pensé qu'on y verrait peut-être une erreur d'aiguillage et qu'elle suggérait ainsi, indirectement, qu'elle n'avait pas eu besoin d'un viol pour se faire connaître… ni à treize ans, ni après. Mais Virginie n'est pas comme ça. Personnellement, averti des procès d'intention qui couvent sous la cendre de la bien-pensance et que le moindre tweet attise, je fais très attention dans ce genre d'affaires… Je me souviens qu'une fois, ayant sympathisé avec une femme qui, mise en confiance, m'avait avoué qu'elle avait été violée dans sa jeunesse, j'ai tout de suite mis les choses au point : "Écoutez, je sais que les femmes qui ont vécu ce que vous avez vécu sont traumatisées définitivement… les psychanalystes le répètent assez pour que ça devienne un projet de vie. La proximité d'un homme ne peut que vous rappeler ce douloureux épisode. Je me vois donc dans l'obligation de vous laisser pour ne pas participer à cet éternel recommencement. Adieu." Sur l'instant elle a paru interloquée mais je crois sincèrement qu'une fois à nouveau seule, elle a compris la délicatesse de cette attention.

Virginie a d'abord été animatrice à la télévision comme Flavie Flament, mais elle n'en faisait pas une maladie. N'a-t-elle pas déclaré à Paris Match qu'on ne la reverrait pas de sitôt à la TV "à moins d'avoir cinq enfants qui n'ont plus rien à manger" ? On pourrait croire que, quitte à jouer un rôle, elle préfère apparemment celui de mère… je ne sais trop qu'en penser. Virginie est encore plus virtuose dans l'introspection qu'une naufragée au long cours de la psychanalyse. Elle tourne autour du pot au noir pour éviter de sombrer dans l'apologie convenue du plus-beau-métier-du-monde qu'est censé être celui de mère. L'humour la tente mais elle sait que les plaisanteries sur la maternité sont encore plus mal vues que celles sur les Belges. "J'aimerais parler des complexités et des contradictions dont on est traversée quand on devient mère et ne pas tomber dans les lieux communs. Le mieux est, en fait, d'en dire le moins possible. Le devoir a percuté le plaisir. Je connais maintenant, avec ma fille, la culpabilité et la responsabilité. J'ai songé à lui mettre un livre de Simone de Beauvoir entre les mains à 5 mois et je revis avec elle l'émerveillement des premières fois. Mais je ne veux pas faire peser sur elle le poids de ce que je suis. Je n'ai jamais envisagé ma fille comme une extension de moi-même." Malheureusement, je n'ai lu que Dolto... même si c'était dans le supplément culturel de Femmes d'Aujourd'hui entre la page sexo et la BD Moustache et Trottinette… si bien que j'ai du mal à décrypter le message qu'elle veut faire passer… peut-être qu'elle ne s'adresse qu'aux mères belges et blondes… ou mieux, aux mères belges et blondes qui font du cinéma… ou encore mieux, aux mères belges et blondes qui font du cinéma en France, catégorie particulièrement vulnérable qui a toujours eu un grand besoin d'être rassuré… simple coquetterie ou vrai malaise… ou les deux. Virginie me plonge dans des abîmes de réflexion.

Elle s'est donc détournée du petit écran pour se consacrer entièrement au cinéma. Cependant, toujours lucide ou cherchant à anticiper les critiques, elle se peint alors, presque en Belge attendant humblement son titre de séjour, listant tous les handicaps qu'elle accepte d'endosser pour partir sur la même ligne que les bourrins du cinéma français : “Celui de l’infériorité intellectuelle, celui de la Belge qui arrive en France, de la blonde avec des formes.”... l'a-t-elle bien descendu ! Et la modestie paie. En 2013 elle interprète une rédactrice en chef de mode dans le long-métrage, 20 ans d'écart, face au jeune premier Pierre Niney, pensionnaire de la Comédie-Française. Le film est un succès et permet à Virginie Efira de faire un premier pas vers la reconnaissance critique. Pour Le Monde, cette comédie "pétillante et enlevée, portée par un charmant duo très en phase, sans prétention ni légèreté maladive, est un divertissement de choix". Elle se permet, cette fois-ci, d'accepter cette reconnaissance qu'elle trouve somme toute justifiée au regard de son travail de sape qui lui a permis d'élargir le genre si étroit de la comédie : "En sortant de la télévision, j’avais bien conscience que ça n’était pas le cinéma d’auteur qui allait venir à moi, mais plutôt la comédie populaire. Je trouvais ça noble, mais c’est un genre qui ne me touche pas particulièrement en tant que spectatrice. J’ai essayé d’en faire quelque chose, je pense y avoir déjà réussi dans 20 ans d’écart. Ici, je suis vraiment fière du film."

Revers de médaille. En 2015, elle joue dans trois films… qui passent totalement inaperçus. Elle s'aventure alors vers des rôles plus dramatiques, plus sombres : "J’évite les films qui ne reposent que sur des recettes. Je n’aime pas le formatage. L’idée de s’adresser au plus grand nombre est la plus noble qui soit, mais elle ne doit pas interdire l’exigence et l’originalité. Peu de cinéastes parviennent à cet équilibre. Parfois, les gens me soupçonnent de ne plus aimer jouer dans des comédies. Ils se trompent : j’adore ça ! Simplement, je refuse les projets prévisibles pour privilégier les partitions plus singulières". Seules les blondes, confrontées depuis l'enfance aux stéréotypes sur leur couleur, peuvent raisonner ainsi. Elles s'écartent alors des sentiers battus et rebattus pour défricher de nouveaux espaces au risque de s'y perdre….

L'année 2016 marque un tournant. Dans la comédie dramatique Victoria, elle interprète une avocate divorcée, mère de deux enfants, au bord de l’effondrement existentiel : "En lisant le scénario, j’ai vu la qualité de nuances du personnage, la largesse de ce qu’il charrie. J’ai senti que le film serait vaste, joyeux, dense... À ce moment-là, je ne me suis pas dit pour autant que je passais un cap. J’étais juste enthousiaste et heureuse !" Virginie n'a pas conscience de sa valeur ni avant ni après le succès. Elle est vierge de tout abus de confiance en elle-même. Le film fait sensation lors de sa présentation au Festival de Cannes. On le compare aux comédies d'Howard Hawks, de Billy Wilder ou de Blake Edwards. La performance de Virginie Efira est unanimement saluée. La critique y voit "son rôle le plus accompli – le plus dense, parce qu’il est à la fois le plus léger et le plus grave". Pour Le Parisien, l'actrice "prouve qu'elle est une très grande actrice" tandis que Les Inrockuptibles estime qu'elle est "ici génialissime, en état de grâce, se prêtant à un comique à la fois verbal et burlesque qui culmine lors d’une exquise plaidoirie (sous chimie)". Ce journal aime bien chatouiller les narines du lecteur et le plonger dans la nostalgie de ses errements de jeunesse avec lunettes noires et nuits blanches...

Alors qu'elle ne s'y était jamais autorisée jusqu'ici, ce succès encourage Virginie à solliciter les réalisateurs avec qui elle souhaite travailler. C'est ainsi qu'elle obtient le rôle principal du drame Un amour impossible, l'histoire de Rachel, une employée de bureau tombant sous le charme d'un jeune bourgeois qui la met enceinte mais ne veut pas l'épouser. En 2019, elle joue, dans la comédie dramatique Sibyl, le rôle d'une romancière reconvertie en psychanalyste qui va retrouver l'inspiration au contact d’une jeune comédienne qui vient s’asseoir sur son divan. En 2020, elle tourne Adieu les cons se mettant dans la peau d'une coiffeuse atteinte d'une maladie incurable, qui décide de partir à la recherche de son enfant né sous X, aidée dans sa quête par un fonctionnaire dépressif ayant raté son suicide et un archiviste aveugle. Puis 2021, le film de Verhoeven, Benedetta. Tous ces films sont des succès et lui permettent d'y révéler toutes les facettes de son talent.

On pourrait croire qu'elle est désormais rassurée, qu'elle a trouvé sa place en France et dans le cinéma, mais elle est un peu comme la mère de Napoléon… je parle du caractère bien sûr ("Pourvou qu'ça doure !") : "Quand on me faisait des remarques positives, j'avais envie de dire : ce n'est pas moi, c'est mon pays. J'ai peur qu'il y ait un retour de bâton et qu'on veuille renvoyer tous les Belges chez eux comme les Roms." C'est vrai, on avait oublié que la France était une dictature… sous Napoléon. 

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