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Y'en a vraiment qui débloguent...

Journal de bord d'un navigateur du web. Commentaires sur l'actualité, la société, la politique, les femmes, le sexe, l'âge, la vie...

C'est Zem que j'aime (5)

Éric Zemmour est parfois excessif et il est difficile, surtout pour un généticien, de le suivre quand il dénonce le bronzage comme une islamisation rampante de la société. Même si, par symétrie, on considère que le burkini est l'autre face de cette conquête. En protégeant leur peau du soleil, les musulmanes, déjà naturellement bronzées, permettraient ainsi aux Blancs de rattraper leur retard pigmentaire et d'adhérer mécaniquement à la Vraie Foi. Bien que les interactions entre l'environnement et les gènes soient désormais avérées, il paraît difficile d'admettre à ce stade que la couleur de la peau détermine la religion… ni l'inverse. Des tentatives ont été faites dans ce sens dans un cadre géopolitique, notamment par Samuel Huntington ou par des auteurs plus anciens à travers la théorie du climat, sans convaincre totalement. 

Éric serait d'ailleurs un parfait contre-exemple. Comment expliquer qu'il ait échappé à ce déterminisme alors que ses parents étaient non seulement juifs mais algériens ? À ce propos, et là je ne fais que poser un jalon, son parcours rappelle étrangement celui de Saint-Augustin, l'un des quatre Pères de l'Église occidentale et l’un des trente-six docteurs de l'Église, né et mort en Algérie. Plus surprenant, avant d'être le sur-chrétien qu'on connaît, Saint-Augustin fut manichéen, comme Éric aujourd'hui. Il se convertit tardivement au christianisme sous l'influence d'Ambroise de Milan. Ce dernier, avant d'être un saint, fit une carrière de haut fonctionnaire romain (comme nos énarques actuels). On raconte que bébé, alors qu'il dormait, un essaim d'abeilles, surgi de nulle part, couvrit sa figure et sa bouche presque à l'étouffer. Puis les abeilles s'envolèrent et s'élevèrent si haut dans le ciel qu'un œil humain était incapable de les distinguer. L'événement frappa si fort son père qu'il eut ces mots : "Si ce petit enfant vit, il sera quelqu'un de grand." En quittant son visage, les abeilles avaient aussi laissé un peu de miel. Ce qui ne pouvait être que le présage de sa grande éloquence comme on le sait. Éric a-t-il connu une aventure semblable à l'orée de sa vie ? Car, aujourd'hui, ses adeptes semblent adhérer si fort à ses propos qu'ils paraissent englués… Cette adhérence… ou plutôt cette adhésion, pose, entre autres, la question du libre arbitre : sont-ils sous l'emprise d'un philtre puissant ou adhèrent-ils en toute connaissance de cause à ses thèses ? La position de Saint-Augustin pourrait nous éclairer. Parmi ses nombreuses cibles figure le pélagianisme, doctrine développée à partir de la deuxième moitié du IVe siècle par l'ascète breton Pélage. Elle enseignait qu'il est possible de choisir le bien et de vivre sans péché, de suivre les commandements de Dieu par un effort personnel et conscient. Pour le moine breton, l'homme pouvait, par son seul libre arbitre, s'abstenir du péché. Il considérait aussi que les hommes ne doivent pas supporter le péché originel d'Adam - qui n'a nui qu'au seul Adam - et n'ont pas à se racheter ad vitam æternam. Application pratique : la France n'a pas à expier son passé colonialiste et les maghrébins ne sont pas condamnés à ressasser ce détail de leur Histoire comme les y invitent leurs dirigeants. Saint-Augustin/Éric ne pouvait évidemment pas laisser passer une énormité pareille, lui qui a gauchi le christianisme vers un autoritarisme intransigeant et prôné le recours à la force en s'inspirant des Romains et de son mentor, Ambroise de Milan.

Ne retenons, pour l'instant, que le sacré qui semble nimber, dès ses commencements, la destinée d'Éric. Elle expliquerait, notamment, cette grosse prise, je veux parler de Jean-Frédéric Poisson, ce clerc larvé qui allie la fraîcheur de la foi au pragmatisme des fins de mois. Il commença cancre… je veux dire "décrocheur scolaire", puis trouva son salut dans la philosophie, ce cache-sexe de la religion. Pour preuve, c'est en plein cours de philosophie qu'il fut touché par la foi : "Ce jour-là, ni apparition, ni illumination, j’ai juste eu la conviction d’être aimé de Dieu, j’ai éprouvé une grande sérénité". Il se rapproche alors de l'abbaye de Fontgombault, où il effectue des retraites. Je ne crois pas faire d'erreur mais un de ses ancêtres, Denis Poisson, est à l'origine de la loi de probabilité du même nom, utilisée initialement pour la prédiction des événements rares comme les suicides d'enfants, les arrivées de bateaux ou les accidents dus aux coups de sabots de cheval dans les armées (elle date de 1838…). En hommage, son descendant, Jean-Frédéric, l'a mise à profit pour estimer ses chances électorales... ce qui l'a conduit très vite à se désister au profit d'Éric (si celui-ci candidate à la présidentielle, bien entendu).

L'œil de Dieu… je suis peut-être devenu parano… mais j'ai l'impression d'être sous son regard et que mon blog fait l'objet d'une surveillance. Quand je l'ouvre… je suis invité à taper mon adresse email, mon mot de passe… jusque-là, rien d'inquiétant… sauf que, depuis quelques jours, je dois en plus cocher des images (et plusieurs fois de suite) façon CAPTCHA ("Je ne suis pas un robot"). La blogo-vigilance s'inquièterait-elle ? Se demanderait-elle si c'est du lard ou du cochon… surtout si l'équipe de surveillance est au Pakistan… Ça me rappelle un épisode vécu en région parisienne, dans une banlieue équivoque, alors que je faisais mes courses. Deux Pakistanais (j'en suis à peu près sûr) se sont adressés à moi. Je portais un shalwar kameez, une cartouchière en bandoulière et une kalachnikov... ce qui a dû leur inspirer confiance... Ils me montraient une plaquette de beurre dans un rayon. J'ai compris, en décryptant leur sabir, qu'ils me demandaient si elle contenait du porc… Un grand vertige m'a soudain saisi comme dans un roman de Philip K. Dick, l'impression d'être au bord d'une faille spatio-temporelle, du genre de celles qui mettent en contact deux époques incompatibles.

Désormais, les Pakistanais m'inquiètent... d'autant que je viens de lire They, du journaliste Sarfraz Manzoor, Britannique d’origine pakistanaise. Il explique que les Pakistanais sont arrivés en Grande-Bretagne à partir des années 60. Au départ, les migrants étaient des hommes célibataires, cherchant du travail. Puis, ils furent de plus en plus souvent accompagnés par leurs femmes et des quartiers entiers devinrent des annexes du Pakistan. Du fait de ce regroupement, des enfants musulmans peuvent encore aujourd’hui grandir sans avoir jamais rencontré un "chrétien" ou un imam se vanter de n’avoir jamais adressé la parole à un Anglais. 

Sarfraz Manzoor, parce qu’il n’était ni l’aîné ni une fille, que sa famille vivait dans un quartier où les musulmans n'étaient pas majoritaires, put se faire des amis anglais, aller à l’université, puis vivre à Londres. La mort prématurée de son père lui permit aussi d’éviter un mariage arrangé. Mais lorsqu'il rencontra Bridget, une écossaise, et se fiança à la trentaine, il fut ostracisé par sa fratrie. On le désigna comme "l’Asiatique qui a épousé une Blanche", "qui a tourné le dos à sa communauté". Cette auto-ségrégation géographique et culturelle des Pakistanais britanniques, sert en fait de vitrine pour montrer aux Pakistanais du Pakistan que les enfants élevés en Grande-Bretagne n’ont pas été anglicisés et feront donc de bons époux.

On apprend également que l'antisémitisme est deux à quatre fois plus répandu chez les musulmans que dans la population anglaise, et que l’homosexualité y est considérée comme un péché. Une misogynie raciste imprègne largement la jeunesse pakistanaise, qui considère les femmes blanches comme un "gibier" ne méritant que des relations temporaires, mais pas le mariage. 

Cependant, Sarfraz Manzoor récuse la vision essentialisée de l’Islam. Il n'y a pas de position "islamique" unique sur chaque problème. La religion est en constante évolution. Il n’existe "aucun corps monolithique unique appelé Islam, la vision islamique dépend de qui, quand et où une question est posée".

Peut-on transposer cette analyse à la France ? Certains quartiers y sont aussi des ghettos. Mais il y a des raisons d'espérer, grâce aux femmes, notamment. Le livre de Mariame Tighanimine, Dévoilons-nous, par exemple, est un plaidoyer pour l'accommodement, une tentative de dédramatiser les manifestations les plus caricaturales de l'islam. 

Toutefois, malgré les efforts de cette femme de bonne volonté, on se dit qu'Éric ne voudra jamais admettre que l'immigration est une chance pour la France. Et bien, vous me croirez ou non, mais quand Jérôme Fourquet lui a assuré, alors qu'ils assistaient tous deux à une conférence sur l’islamo-gauchisme à Sciences Po, que 63% des personnes de confession musulmane perçoivent l'homosexualité comme "une maladie" ou "une perversion sexuelle", contre 20% chez les catholiques pratiquants et 10% chez les "sans religion", ses yeux se sont écarquillés et un large sourire a illuminé sa face. Il s'est même permis cette plaisanterie : "Et bien, le Grand Remplacement, il faudrait qu'il s'opère dans l'autre sens : les homophiles de l'autre côté de la Méditerranée et les bons musulmans, chez nous !"

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