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Y'en a vraiment qui débloguent...

Journal de bord d'un navigateur du web. Commentaires sur l'actualité, la société, la politique, les femmes, le sexe, l'âge, la vie...

C'est Zem que j'aime (6)

Je me suis longtemps demandé si les énarques avaient des convictions. Ma question était un peu rudimentaire et je ne suis pas sûr d'en avoir mesuré la portée. Je repars donc à zéro en procédant avec plus de méthode. D'abord définir prudemment chaque terme employé pour éviter tout procès d'intention. "Énarques" ne pose pas trop de problème... du moins sur le papier. C'est, pour faire simple, la noblesse d'État et un état de noblesse qui s'attache à l'impétrant pendant toute la durée de sa vie. Il ne se transmet pas automatiquement par l'hérédité mais il n'est pas rare qu'il se perpétue par l'imitation, grâce aux vigoureux encouragements prodigués par les parents. "Convictions" est plus vague. C'est là que mon Zemmourix, va m'être d'un grand secours. Ce dictionnaire latin-celte, publié aux éditions Rubempré, est devenu incontournable (j'ai traduit moi-même du celte au français grâce à ma fréquentation des écoles Diwan). Conviction : nom féminin. (latin ecclésiastique convictio, -onis) 1. État d'esprit de quelqu'un qui croit fermement à la vérité de ce qu'il pense, certitude : J'ai la conviction qu'Éric sera élu. 2. Principe, idée qui a un caractère fondamental pour quelqu'un (surtout pluriel) : Avoir des convictions politiques bien arrêtées. 3. Conscience que l'on a de l'importance, de l'utilité, du bien-fondé de ce que l'on fait, sérieux : Soutenir Éric avec conviction.

Me voilà donc armé pour disséquer ce récent article du Point où le préfet Pierre Monzani parle d'Éric Zemmour. Question études, ça colle : c'est un normalien, agrégé d'histoire, énarque.

Le journaliste lui demande s'il est surpris par l'ascension fulgurante d'E.Z.

P. Monzani : "J’ai connu Éric quand il suivait le RPR en tant que journaliste. Quand nous avons créé le RPF (avec Charles Pasqua et Philippe de Villiers, NDLR), nous nous rencontrions souvent, jusqu’à créer une certaine intimité et une amitié. Nous avons sympathisé autour de thématiques communes, notamment l’euroscepticisme. [...] J’ai toujours pensé qu’Éric était un polygraphe. Ce n’est ni un historien ni un philosophe, il a une plume, mais ne va pas au fond des sujets, ce qui le conduit trop souvent à construire une doctrine erronée. On parle beaucoup du nouveau pouvoir des médias : nous avons pour la première fois l’expression politique de cette mutation sociétale majeure. Sa percée dans cette campagne, au fond, est le reflet de notre époque, ce qui est assez ironique pour un homme qui se croit autonome."

À l'entendre, Éric serait aussi léger qu'un soufflé, aussi fragile que la bulle médiatique qu'il chevauche, aussi transitoire qu'un météore.

D'autres le prennent plus au sérieux et craignent qu'on ne le sous-estime comme ce fut le cas pour Trump. Une étude réalisée par l'Ifop à la demande de la LICRA, intitulée "Observatoire du zemmourisme", a donc tenté de mesurer la réalité de l'ancrage du polémiste dans l'opinion. Le directeur du Pôle Politique et Actualités de l'Ifop, François Kraus, explique au Figaro, les précautions dont il s'est entouré : "Le zemmourisme est un concept récent dans la mesure où pour que son usage ait un sens, un courant de pensée (ex : gaullisme, lepénisme, souverainisme…) doit reposer non seulement sur des idées mais aussi de potentiels électeurs. Or, depuis que sa qualification au second tour est considérée comme quelque chose de l'ordre du possible, les thèses portées par le polémiste ne peuvent plus être réduites au seul champ intellectuel. [...] Si l'on devait en résumer les grands contours, le recours à la typologie des droites chère au grand René Remond peut s'avérer intéressant : le zemmourisme forme à mes yeux un syncrétisme ambitieux des trois droites remondiennes en combinant à la fois l'autoritarisme de la tradition bonapartiste sur les enjeux régaliens, le libéralisme économique de l'orléanisme et le conservatisme culturel de la droite légitimiste." Ce que, selon lui, Fillon avait déjà tenté en 2017 en se focalisant plus sur les questions économiques que régaliennes.

François Kraus ajoute que : "l'exceptionnelle ascension sondagière d'Éric Zemmour a provoqué une valse de critiques sur la fiabilité des sondages d'intentions" arguant, sans doute pour se rassurer, que : "la dynamique zemmourienne n'est qu'une bulle sondagière reposant sur des échantillons trop petits et un niveau d'indécision encore trop fort." Ce qui l'a amené à élargir son panel à 4500 personnes sondées, soit cinq fois plus qu'habituellement. Les résultats confirment ceux qui ont été mis en doute (notamment par Le Monde et Libération) : "au regard des marges d'erreurs inhérentes aux échantillons de cette taille (+/- 1,5 point), l'ex-journaliste du Figaro (16 %) talonne désormais Marine Le Pen (17 %) de suffisamment près pour que la question de sa qualification au second tour se pose sérieusement et ceci, y compris dans l'hypothèse – pourtant la plus difficile pour l'auteur du Suicide français – où Xavier Bertrand (15 %) serait le candidat LR."

L'horizon s'assombrit donc pour les contempteurs de Zemmour, annonciateur d'éclairs vengeurs dont ils devraient songer à se protéger dès à présent. Car, pour François Kraus : "sa dynamique ne repose pas sur du vent. À mon avis, elle tient surtout à sa capacité à occuper l'espace lié à l'absence de leadership pour les électeurs LR – dépourvus de candidat jusqu'au congrès du 4 décembre – mais aussi pour les électeurs RN qui, rejetant le recentrage opéré par Marine Le Pen, peuvent voir dans l'essayiste un moyen de remplacer une cheffe qui l'aurait été probablement après 2017 s'il y avait une démocratie interne au RN." Et de noircir encore le ciel des illusions en précisant que la thèse selon laquelle sa candidature ne serait qu'une "bulle sondagière" du fait de l'indécision des personnes interrogées, est fausse. En effet, alors même qu'Éric Zemmour n'a pas encore officiellement annoncé sa candidature, son électorat apparaît aussi ferme (64 %) que les électorats Mélenchon (63 %) ou Macron (66 %) et largement plus solide que ce que l'Ifop peut observer pour des candidats de gauche pourtant officiellement investis par leur parti comme Anne Hidalgo (43%) ou Yannick Jadot (44 %). Pour François Kraus l'électorat Zemmour n'est donc pas un phénomène "gazeux" mais bien un électorat en phase de structuration avancée.

En physique, le passage de l'état gazeux à l'état solide s'appelle la condensation. Allons donc à l'essentiel : "trois des cinq principaux enjeux qui vont déterminer le vote des Français sont des thématiques chères au polémiste, à savoir la lutte contre l'insécurité (2e à 74%), le terrorisme (3e, à 74 %) et l'immigration (6e, à 60 %). Et à chaque fois, ces thèmes sont amenés à jouer un rôle plus important en 2022 que lors du précédent scrutin. L'importance accordée par les électeurs à la lutte contre l'insécurité est en effet nettement plus forte aujourd'hui (74 %) qu'il y a cinq ans (56 %), tout comme celle qu'ils accordent à l'immigration clandestine : 60 % des votants déclarent que ce thème sera déterminant dans leur vote, contre 50 % en 2017. Bref, contrairement à ce qu'on peut parfois lire, cette campagne ne s'articule pas pour l'instant sur des enjeux comme l'environnement ou le pouvoir d'achat mais sur des thématiques qui font le lit du zemmourisme."

Un observateur tendancieux pourrait se laisser aller paresseusement à penser, au vu de cette énumération, que rien ne distingue un zemmouriste d'un lepéniste, alors qu'il ne lui viendrait pas à l'idée de faire le même amalgame entre un socialiste et un mélenchoniste. Or, François Kraus nous révèle que "la dynamique Zemmour « gauchise » l'électorat Le Pen sur des questions de société comme la protection de l'environnement, la défense du droit des femmes ou la lutte contre la haine envers les homosexuels. Les électeurs lepénistes sont ainsi ceux qui, après les écologistes, vont le plus déterminer leur vote en fonction de « la défense des droits des femmes et la lutte contre le sexisme » (à 53 %, contre 41 % dans l'électorat d'Éric Zemmour). En siphonnant les électeurs lepénistes les plus « maréchalistes », Zemmour donne ainsi à ce qui reste d'électeurs Le Pen un profil de « gauche » non seulement sur les questions économiques mais aussi sur les questions de société qui y était déjà perceptible lors du débat sur le mariage pour tous."

Maréchal, nous y voilà ! Alors que Marine Le Pen s'était débarrassée de l'encombrant vieillard, il semblerait qu'Éric Zemmour veuille le faire entrer au Panthéon à la place de Jean Moulin… ce qui nous ramène à l'interview au Point du préfet Monzani, et au passage où il explique pourquoi il ne soutiendra pas la campagne d'É.Z. : "Notre rupture est venue à cause de Pétain. Comme vous le savez, je suis historien de formation, et sa façon de considérer que tout ce qui avait été écrit à partir du livre La France de Vichy de Robert Paxton (1972), basé sur des archives, était infondé m’a profondément agacé. [...] Nous avons débattu de sa théorie. Et à la fin, il a prononcé cette phrase très significative, qui m’a fait comprendre qu’il avait vrillé. Il m’a dit : « Pierre, si tu ne défends pas Pétain avec moi, tu seras du côté d’Edwy Plenel et des journalistes de Libération, et on ne pourra jamais déconstruire ensemble la chape de plomb qui pèse sur nous. » C’est une vision manichéenne et sectaire. C’est une vision à laquelle je m’oppose foncièrement. Je refuse que l’on touche au socle historique de la France libre. Le gaullisme, c’est l’antipétainisme, c’est le rassemblement, ce n’est pas l’exclusion. [...] S’il voulait absolument manier le paradoxe s’agissant du régime dit de Vichy, il aurait pu défendre Laval, par exemple. C’est ce que je ferais si j’étais avocat et que je devais faire une plaidoirie en défense sur la politique antisémite de la collaboration : Laval était une honte pour la France. Il méritait l’exécution, de mon point de vue, mais c’était un antisémite de circonstance et d’opportunisme. Il a livré des juifs comme un maquignon, pour essayer, à tort, d’obtenir des concessions de l’occupant en échange. C’était pour lui l’une des composantes de la négociation avec l’Allemagne. Laval avait des amis juifs ! Mais Pétain… Pétain était profondément antisémite, il a annoté de sa main, pour l’alourdir, le statut des juifs d’octobre 1940 qui va exclure nos compatriotes juifs de la fonction publique, du journalisme, etc. Je trouve monstrueuse l’idée de défendre Pétain en disant que, finalement, ce ne serait pas si grave puisqu’il n’aurait fait tuer que des juifs étrangers. D’abord, c’est faux : il a lui-même fait dénaturaliser les juifs français qui avaient acquis la nationalité après 1927, les livrant ainsi à la Shoah. Il a également pris des mesures coercitives qui furent par la suite dramatiques, y compris pour des anciens combattants juifs de la guerre de 1914. C’est une double trahison, car ces hommes avaient confiance en lui ! Il faut se souvenir du contexte d’alors. Pétain était économe du sang des soldats de la Première Guerre mondiale, et lorsqu’il commandait à Verdun, il a fait ce qu’on a appelé « la noria des troupes » : les poilus sous ses ordres ne restaient que trois semaines au front, alors que ceux commandés par Nivelle, par exemple, y restaient deux mois. Le taux de mortalité restait épouvantable, mais les chances d’en sortir étaient ainsi augmentées, et ceux qui s’en sont tirés avaient conscience de le devoir à Pétain. Cette prégnance de la bataille de Verdun (les deux tiers de l’armée ont combattu à Verdun) dans l’imaginaire français explique la popularité de Pétain, et cette confiance, y compris des anciens soldats juifs, qui ont accepté de porter l’étoile jaune puisque c’était lui qui le leur demandait ! Ils ont cru qu’il les protégerait des boches… Et il a trahi ignoblement cette confiance. Je considère qu’un candidat qui réhabiliterait cet homme ne peut pas être président."

Je me demande si, en cas d'élection du Grand z, ce préfet, un énarque qui a sans conteste des convictions, ne risque pas de se retrouver dans la situation de Jean Moulin, cet autre préfet, qui assuma ses choix jusqu'à la mort...

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