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Y'en a vraiment qui débloguent...

Journal de bord d'un navigateur du web. Commentaires sur l'actualité, la société, la politique, les femmes, le sexe, l'âge, la vie...

Il n'y a pire justice que celle qui ne veut pas voir

La justice est souvent représentée par une femme tenant une balance dont les yeux sont bandés, cette allégorie symbolisant son impartialité. Une justice aveugle serait ainsi impartiale. Mais, pour être impartiale, la justice doit-elle être absolument aveugle... aux faits ? C'est ce que cherche à savoir la commission d’enquête parlementaire "sur les éventuels dysfonctionnements de la justice et de la police dans l’affaire Sarah Halimi", créée en septembre dernier à l’initiative de deux élus : Meyer Habib, député (UDI) de la 8e circonscription des Français établis hors de France (Italie, Grèce, Israël, Chypre…), et Constance Le Grip, députée (LR) des Hauts-de-Seine.

Le meurtrier, Kobili Traoré, a très vite été reconnu pénalement irresponsable car, grand consommateur de cannabis, il aurait été, au moment des faits, sous l’emprise d’une "bouffée délirante aiguë". La justice a ainsi été beaucoup plus rapide que les voisins qui ont assisté à la longue défenestration de la victime et que la police qui a mis un "certain temps", comme disait Fernand Raynaud, à intervenir. La commission d'enquête s'interroge, notamment, sur le fait que la juge d'instruction ait d'emblée écarté la préméditation. En effet, ne peut-on considérer qu'un individu, même cannabisé, a planifié son crime quand, pour parvenir à ses fins, il s'est invité la veille dans l'appartement voisin de celui de la victime (avec leur consentement ?), a emprunté au milieu de la nuit leur balcon pour accéder à celui de la victime puis fracturé sa fenêtre avec un tournevis… 

De même, le mobile antisémite a été écarté alors que le criminel fréquentait assidûment (trois fois encore la veille du meurtre) la mosquée Omar, d’obédience salafiste, rue Timbaud, à quelques dizaines de mètres de l’immeuble de la victime, qu’il a hurlé "Allah akbar" en boucle quand il s’acharnait sur Sarah Halimi à coups de poing sous les yeux de voisins qui ne voyaient apparemment pas la nécessité d'intervenir… J'allais oublier… et que la victime était juive de stricte observance, ce qui, de toute évidence, n'avait pas échappé à son assassin, même aveuglé par sa "bouffée délirante" qui semble flotter au-dessus de sa tête comme l'auréole d'un saint.

On préfère plutôt, chez les commentateurs complaisants, mettre l'accent sur le "sémitisme" du parlementaire Meyer Habib suspecté d'être trop proche d’Israël et de son ex-Premier ministre Benjamin Netanyaouh. Mais n'est-il pas difficile de s'affranchir de cette "proximité" quand on représente les Français établis en Israël et que cet alibi a d'autant plus de force que d'autres députés qui n'y sont pas obligés, affichent leur amitié et leurs liens avec des pays arabes ou des dictatures comme la Turquie et la Russie. Doit-on alors comprendre, tout simplement, qu'il est malvenu pour un juif de s'intéresser au sort abominable d'une juive quand son exécution est le fait d'un musulman ? C'est semble-t-il l'avis de Mediapart qui reproche à Meyer Habib de "dévoyer" les travaux de la commission d’enquête qu’il préside. En clair, que l'assassinat d'une juive qui se revendique comme telle par un musulman reconnu comme tel, dans un quartier, Belleville, en voie d'islamisation conquérante (même Libération en convient), n'a strictement rien d'antisémite...

On a donc une juge d'instruction qui, apparemment, n'a rien vu, sans doute pour répondre à l'impératif catégorique d'une justice aveugle. Qu'en serait-il alors d'un juge qui serait effectivement aveugle ? Peut-être rencontrerait-il aussi l'incompréhension… mais peut-être qu'elle lui serait, cette fois, favorable comme le laisse supposer la réaction d'un observateur au sortir d'une audience qui s'est déroulée dans un tribunal de Lille : "Le président sait manier l'ironie, il dirige bien les débats. Mais franchement : il n'est pas un peu gonflé, de garder ses lunettes de soleil tout le temps ?" Car ce juge aux lunettes noires est aveugle. Je ne l'ai pas rencontré mais je l'ai découvert grâce à un article du Point (Jean-Marc Defossez, juge éclairé). Encore une histoire de volonté mais dans le bon sens. Celle d'un homme qui a toujours voulu être là où on ne l'attendait pas ou plutôt là où on ne voulait pas le voir. C'est-à-dire, d'abord, dans une école normale. "On m'a demandé comment j'allais faire pour suivre au tableau, pour faire mes devoirs. Je n'en avais aucune idée, mais je ne voulais pas être à part. Quand on n'y connaît rien, on pense toujours que c'est irréalisable. Mais avec un peu de bonne volonté, on trouve très vite des solutions : le professeur lisait ce qu'il écrivait au tableau, et c'était réglé !"

Il reconnaît modestement qu'"il y a des résistances partout, tout le temps. Au début, je m'écrasais, puis j'ai pris ma place. L'ennui, c'est qu'il faut recommencer souvent la démonstration…"

Et que : "les personnes handicapées ont longtemps été empêchées d'entrer dans la magistrature. Alors que c'est faisable, pour peu qu'on nous laisse essayer. En France, on entend encore trop souvent que c'est impensable, trop complexe à organiser. Les choses avancent lentement, mais ce n'est jamais gagné." La justice semble, parfois, effectivement paresseuse si l'on se réfère aux propos de la juge d'instruction dans l'affaire Halimi, à qui l'on reprochait de ne pas avoir organisé de reconstitution et qui se justifie ainsi : "C’est difficile à organiser, une reconstitution. C’est un énorme travail ! Ce dossier était prioritaire, mais ce n’était pas le seul, on a fait au mieux en fonction de nos moyens".

Jean-Marc Defossez, le juge aveugle et néanmoins président de la chambre économique et financière du tribunal de Lille est un exemple... et peut-être le seul exemplaire de sa catégorie... ce qui lui a valu d'être contacté, il y a quelques années, par une candidate à l'école de la magistrature, désespérée. On lui assurait qu'elle ne pourrait pas pratiquer. Il a pris le temps de la réconforter, de lui redonner espoir, sans nier les écueils et les multiples tracas qu'elle serait amenée à affronter.

Est-ce que cela ne plaide pas pour que la justice accueille son quota d'aveugles ? Ces derniers verraient ainsi leur clairvoyance reconnue et, de leur côté, les juges qui ne veulent pas voir pourraient justifier leur cécité sous le couvert d'une solidarité de bon ton. Tout le monde serait content… au royaume des aveugles...

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