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Y'en a vraiment qui débloguent...

Journal de bord d'un navigateur du web. Commentaires sur l'actualité, la société, la politique, les femmes, le sexe, l'âge, la vie...

"Préfère ne pas…"

Le "Guide de l'inclusivité", présenté par la commissaire européenne à l’Égalité, Helena Dalli, n'a pas été accueilli par ses collègues avec toute la ferveur espérée. Nullement abattue, elle a décidé de se remettre à l'ouvrage et de "retravailler" ce petit livre arc-en-ciel. J'espère qu'elle n'y apportera pas de modifications substantielles car il est de ceux qui dégagent un avant-goût de poésie propre à mettre l'esprit en joie. La plus belle des nouvelles règles de rédaction imaginées, est sans doute celle qui invite à modifier les formulaires officiels. Il est ainsi proposé d'enrichir l'alternative "madame" ou "monsieur", en ajoutant une case "autres" ou mieux : "préfère ne pas dire"... C'est beau comme du Gainsbourg.

S'il vivait encore, je suis sûr qu'il adhérerait avec enthousiasme à cette extension du domaine de l'inclusion qui permet de ne pas dire et peut-être même, de ne plus rien dire, ce qui est, comme chacun sait, l'ambition ultime de tout artiste (surtout s'il a peur de dire n'importe quoi). Guidé par l'admiration que je lui porte, mais néanmoins conscient de l'incommensurable abîme qui nous sépare, je me propose modestement de donner au lecteur un pâle aperçu du champ immense de liberté qui se serait ainsi ouvert au génial parolier :

"Si je baise ? Affirmatif

Des salopes ? Préfère ne pas dire

Des actrices ? Préfère ne pas dire

Des gamines ? Préfère ne pas dire

De quel âge ? Préfère vraiment ne pas dire

Si je bande ? Affirmatif

Pour qui ça ? Préfère ne pas dire

Pour des putes ? Préfère ne pas dire

Si j'aime ça ? Affirmatif

Quel côté ? Préfère ne pas dire

Obsédé ? Préfère ne pas dire

Sexuel ? Préfère vraiment ne pas dire"

Le stade ultime de l'inclusivisme, si j'ai bien compris toutes les étapes définies par le Guide, pourrait se résumer par la formule : "préfère ne pas faire". Si Gainsbourg avait eu la suprême audace de l'inscrire dans son œuvre et dans sa vie, nous ne serions sans doute pas là pour en parler puisque, pour continuer à exister d'un point de vue géopolitique, la France aurait dû importer massivement des immigrés afin de compenser la baisse de l'approvisionnement local en bébés. Mais connaissant le goût de l'artiste pour l'ironie, personne n'aurait cru à cette déclaration. On lui aurait même prêté plus de conquêtes qu'on n'en porte déjà à son crédit. 

Un autre artiste avait prémonitoirement exploré les conséquences de cette formulation négative, voire malthusienne : Herman Melville, dans sa nouvelle, Bartleby. Ce personnage est un clerc de notaire chargé de copier des actes. Au début, il se montre travailleur puis, soudain, refuse de faire ce qu'on lui demande. Pas ouvertement, mais de façon biaisée. Une phrase revient alors dans sa bouche : "I would prefer not to", traduite en français par : "je préférerais ne pas"... Peu à peu, il cesse complètement de travailler, refuse de sortir de l'étude. Il y dort, ne mange plus que des biscuits au gingembre, et refuse, évidemment, d'être renvoyé.

Doit-on en conclure que tout ça ne nous mène à rien ? "Préfère ne pas..." y penser.

PS : La commissaire Helena Dalli a provoqué une autre polémique en recevant l’association Femyso (Forum des organisations européennes musulmanes de jeunes et d’étudiants), à l’origine de la campagne pro-hijab du Conseil de l’Europe, abandonnée après les réactions qu'elle a suscitées en France.

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