Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Y'en a vraiment qui débloguent...

Journal de bord d'un navigateur du web. Commentaires sur l'actualité, la société, la politique, les femmes, le sexe, l'âge, la vie...

Il n'est pire aveugle que celui qui ne veut rien entendre

J'ai été invité par Benjamin Griveaux… pas à son émission Smart & Strat, consacrée aux stratégies d'entreprises mais à la célébration du 400ème anniversaire de la naissance de Molière… J'étais aussi étonné que vous puisqu'il ne compte pas parmi les spécialistes du dramaturge et qu'il a pris conscience de son potentiel comique dans la douleur tel un enfant qui découvre la pudeur. Je continuais à l'être quand il m'accueillit par ces mots : "Vous au moins, vous n'attaquez pas en dessous de la ceinture !" Puis, je parvins à comprendre, à travers son éloge de Tartuffe, qu'il se considérait comme une victime de l'hypocrisie… Il a fait des études, et même s'il a raté l'ENA (à cause, dit-il, des préventions du jury à son égard, lui le fils de notaire scolarisé chez les jésuites), sa logique me semble pour le moins paradoxale. Car si l'artiste activiste russe Piotr Pavlenski, a dévoilé les échanges intimes de Benjamin avec une jeune femme et notamment une vidéo à focalisation génitale, c'était pour dénoncer l’hypocrisie du candidat LREM à la mairie de Paris, qui, parallèlement à ses exhibitions sur la Toile, faisait campagne en arborant "les valeurs familiales traditionnelles". Non pas que cet ange exterminateur de l'Est les défendent, car il paraît plutôt partisan du bordel général afin que s'instaure ce baiser-ensemble que nous appelons tous de nos vœux, ne lui déplaise. À moins aussi que sa prétendue pureté doctrinale cache, en fait, une énième tentative de chantage alimentaire. Emmanuel Macron, en tout cas, a déploré que Benjamin veuille changer de vocation en pleine campagne municipale, sans le prévenir : "Il y a des choses qu’on ne peut plus faire quand on est publiquement exposé. Et certainement pas de commencer une improbable carrière de cinéaste."

La pornographie m'a toujours paru être une passion qui s'allume dès l'enfance, se met en veille à l'âge adulte, et se rallume quand la vieillesse commence à tirer les rideaux. Il est rare, à mon avis, qu'elle se maintienne chez les jeunes homme dans la force de l'âge, surtout ceux qui sont déjà bien avancés dans la carrière politique, et qui peuvent user de leur pouvoir à des fins très personnelles. Bien sûr #metoo guette et il convient d'être prudent. Mais ces jeunes gens sont tellement imbus d'eux-mêmes que ce n'est pas ça qui les retiendra de mettre le doigt dans la tirelire. 

Je n'ai, moi-même, pas échappé à cette évolution sexuelle typique car je ne prétends pas à l'originalité. Très tôt, la pornographie m'a fait de l'œil et mon éducation, plutôt que les pères jésuites que je n'ai d'ailleurs jamais fréquentés que ce soit sous la contrainte ou par goût. J'ai préféré le commerce des putes comme on disait à l'époque, sans mépris aucun, et qu'on appelle sans doute aujourd'hui "personne non-regardante". Car ce qui fait d'elles des saintes, contrairement aux jésuites qui n'officient que chez les bourgeois, c'est qu'elles acceptent tous les publics : les pauvres s'ils paient (un peu quand même), les gros, les moches, les sales, les cons, les enculés ou ceux qui se tâtent encore, les sans couilles (du moment que tu paies, elle s'en balek…), les paumés, les tordus...

Ce qui m'amène, vous vous en doutiez, à Gilbert Montagné qui a osé, du haut de son mètre cinquante (debout, je précise), s'en prendre à ce candidat qui rame pour s'attirer l'affection du peuple comme dirait Nicolas (pas celui-là, l'autre, Machiavel). Il ne manque vraiment pas d'air, le Gilbert, ce qu'il confirme en expliquant que sa cécité résulte d'un apport excessif d'oxygène dans sa couveuse pour grand prématuré (il a devancé l'appel… d'air : six mois au lieu de neuf… il n'y avait pas encore de trêve hivernale… au fait, savez-vous qu'il y a une trêve cyclonique dans les Dom ?). Et pourtant il n'en veut pas aux médecins qui l'ont, malgré eux, sauvé et je m'associe à ses remerciements car ses chansons ont puissamment attisé la quête aveugle que je menais alors dans les hôtels borgnes sans regarder à la dépense ("On va s'aimer…").

Quand je pense à Montagné je pense à Stevie Wonder… et là, je n'en crois pas mes yeux ! Stevie a perdu la vue à cause, lui aussi, tenez-vous bien… d'une oxygénothérapie trop riche en oxygène dans une couveuse pour prématuré, comme Gilbert. Bon sang, mais combien sont-ils dans ce cas ?!!! La fortune est donc bien aveugle et ne sourit pas qu'aux audacieux. Elle a le même sourire prématuré que Gilbert, accroché au visage comme un collier en dents de requin.

Peut-être l'a-t-il quand même rangé dans un tiroir en écoutant Éric Zemmour défendre l'ouverture d'établissements spécialisés pour les enfants handicapés et dénoncer une "obsession de l’inclusion", ce qui doit être apparemment différent de l'intégration ou je ne m'y connais pas : "On a décidé de mettre tout le monde ensemble, moi, je pense que non. Pas pour les mettre à l’écart, mais pour s’en occuper mieux."

Pour l’artiste aveugle, ce terme "d’obsession de l’inclusion" ne passe pas. "C’est complètement dingue dans le sens où nous faisons partie du même monde, OK ?" s'est-il emporté sur BFMTV. "La stupidité, c’est de penser que ces gens-là, il faut les mettre dans des endroits où ils sont entre eux, comme ça, ça ne dérange personne", a-t-il poursuivi. "Il est évident que dans certaines situations, les enfants préfèrent peut-être rester dans des établissements spécialisés, mais ça ne doit représenter qu’une minorité. Nous devons être à vos côtés, et vice-versa". Gilbert, je comprends ce que tu veux dire… mais tout le monde n'apprécie pas forcément ta musique. Il faudra peut-être que tu te taises parfois pour qu'ils acceptent de te côtoyer. "Quand j’étais petit, je ne souffrais pas de ma déficience visuelle. Je souffrais du fait qu’on ne me prenait pas à l’école maternelle d’à côté. Je souffrais de faire trois quarts d’heure de métro le matin et le soir pour aller au seul jardin d’enfants à Paris qui voulait bien accueillir des enfants comme moi, les enfants déficients visuels…" Et là, il trouve les accents susceptibles de toucher Benjamin Griveaux sans avoir à respecter les gestes … : "Je n’ai jamais considéré mon handicap comme une barrière. J’ai toujours su que j’avais une déficience visuelle, bien sûr, mais c’est quand on traverse une épreuve que, justement, il faut puiser en sa force intérieure, que justement il faut y croire…"

Benjamin n'est pas aveugle. Je ne sais pas s'il bénéficie d'un autre handicap… je n'ai pas vu ses vidéos. Et pourtant, le message de Gilbert s'adresse particulièrement à lui. Car par delà leurs différences, un prématuré de naissance a su trouver les mots qui, seuls, pouvaient réconforter un prématuré de la politique.

 

Écrit en janvier de l'an 2022 du fin fond d'un EHPAD, quelque part en France

Article précédent Article suivant
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article